Les Échos du Désert

Le siège de Kled

No time for backup or planning

Attablé dans le hall de notre taverne assignée de Kled, nous sommes entourés d’individus seuls, chacun assis à leur table devant leur plat ou une besace et tous, apparemment, forts occupés pour cette fin de soirée.

En elfique, Je me lance dans un discours anti Ulrik dissimulé dans d’autres propos banals. Balkan, mon perceptif compagnon, me fait signe du menton en pointant un des hommes seuls attablé près de nous. Il a compris mes propos, même s’il tente de le dissimuler.

- « Vous parlez l’elfique! Dis-je. Merveilleux. Enfin un compagnon qui…
- Sale elfe. Vous êtes tous les mêmes. Rétorque l’homme, crachant chaque mot avec une haine à peine dissimulée
- Il n’y a personne comme moi. Seulement moi. Dis-je, en m’attablant devant lui et en tirant son plat et sa cuillère à ma place.
Je commence à manger son repas en lui souriant
- Ça ne se passera pas comme ça! Dit-il, agité
- Non, en effet. Je quitterais cette auberge dès maintenant, à votre place, pendant que tous vos doigts sont encore bien attachés. »
Après le départ – précipité – de l’homme, je lance quelques pièces de céramique à l’aubergiste « Pour vos ennuis ».
- « Bon, où en étions-nous? Dis-je, me rassoyant auprès de
mes compagnons.
- Il est terrifié, le Gris, lance Balkan.
- Bien, il faudra couper ça à la source, non? Vous vous sentez à l’aise pour vous dégourdir les jambes? Marche à l’extérieur dans dix minutes. On peut toujours bien encore marcher librement dans ce hameau misérable, non? »

Tout le monde hoche de la tête, à l’exception de Mite et de Zerima, qui restent derrière pour protéger les Rats de Fer, tous des non-combattants, et afin de donner l’illusion que nous sommes encore dans nos chambres. Je profite du moment pour faire le point avec le sergent des Rats de Fer. L’homme a déjà établi un plan sur quatre semaines pour justifier l’achat d’un immeuble abandonné et y établir un comptoir d’import/export de toile de jute ramenée de Tyr. Le sergent a déjà placé des sentinelles sur certains toits du hameau. Il peut déjà nous dire que les patrouilles de la garde sont toujours composées nains – sympathisants, collaborateurs ou gardes ne faisant que suivre les ordres, il ne peut le déterminer – et ne comprennent pas d’hommes d’Ulrik. Il nous indique par contre qu’il peut compter une vingtaine d’hommes visiblement en provenance d’Ulrik dans Kled. Les autres si autres il y a, demeurent dans le mausolée au centre de la ville et n’en sortent pas.

Nous quittons l’auberge, chacun par une méthode différente et nous nous assurons de revenir sur nos pas afin de ne pas être suivis. Notre marche nous mène vers le centre de la ville, où Khassi et Balkan aperçoivent un nain qui regarde les patrouilles de collaborateurs avec dédain. « Intéressant », dit Balkan, en pointant le nain avec le comportement défiant. « Hum hum. Je vais lui parler, suivez-nous de loin, vous faites autant de bruit que la Mule » dis-je.

Quelques pas m’amènent aux côtés du nain, qui semble retourner chez lui après une longue journée de travail. Je lui tends une flasque, qu’il accepte et ouvre immédiatement pour la renifler, méfiant.

- « Du vin elfique? Dit-il. Pourquoi un elfe me donnerait du
vin?
- Non, c’est de l’alcool de kank de Tyr, le plus pur et le meilleur
qui soit. La ville se porte bien, par ailleurs. Libérée. Ulrik a perdu, ils sont en débandade.
- Je sais, rétorqua le nain. Ce n’est pas sécuritaire de parler comme ça ici. Venez chez moi, là-bas.
- Merci. Nous serons trois, aucun nain, malheureusement.
- Mppfff » grogna le nain, mettant fin à la discussion d’un
geste de la main. S’il mentait ou était surpris de mon apparition à ses côtés, il le cachait
bien.

Quelques instants après, nous sommes tous assis confortablement autour du feu de Brone, un bol de nourriture à la main. Nous discutons ensemble de la défaite d’Ulrik à Tyr, et de l’état de Kled depuis.
- « Une simple caravane, dit Brone, faisant référence à l’arrivée des hommes de Kled. Ils se sont dirigés directement vers la guilde minière. Les dirigeants ont semblé capituler, personne n’a demandé à la garde de lever les armes, rien. Le lendemain, c’est comme s’ils
avaient toujours été là. Ils ont pris le contrôle du mausolée, au centre de la ville. Ils prennent ce qu’ils veulent, ils volent tout depuis leur arrivée. »

Brone nous indique ensuite ne pas connaître Durn, un des chefs de la guilde minière, mais semble lui faire confiance. « Un nain droit et fier. Je ne comprends pas pourquoi il ne repousse pas Ulrik. Un nain d’ici peut tuer quatre de leurs frêles guerriers. Avec leurs piques…Qui se bat avec des piques? »

- « Ce ne sera pas difficile de soulever la ville contre eux, disje – Facile? Dit le mot, elfe noir, et je vais au mausolée avec toi. Mais les nains écoutent leurs chefs, et les chefs sont silencieux.
Faut voir pourquoi les chefs sont silencieux »
-
Nous déterminons alors qu’il est plus sécuritaire de passer la nuit chez Brone, puisque le couvre-feu imposé par les hommes d’Ulrik est passé. Brone nous offre généreusement son hospitalité. Le matin venu, nous nous dirigeons vers la guilde minière. Un nain âgé – fort probablement sénile – nous ouvre la porte, et nous mène vers une salle d’attente, salle qui porte fort bien son nom, puisque nous y attendons longtemps. Je pars dans une rêverie elfique alors que mes compagnons observent la pièce dans les moindres détails. Grelich, un agent commercial de la guilde, nous rejoint enfin. Nous lui présentons nos échantillons de sacs de jute de Tyr, puisque c’est la raison officielle pourquoi nous sommes devant lui, et il les observe longuement, passant chaque couture en revue. Incroyablement ennuyé par sa minutie, j’aligne la conversation vers Durn.

- « Ho, pour deux mille coudées par semaine, il vous rencontrera sans aucun problème, rétorqua Grelich. Il sera intéressé de savoir qui sont ces nouveaux partenaires commerciaux qui tombent du ciel » Ignorant ce que sont des coudées – ou même si nous avons assez de jute pour en compléter deux mille – j’accepte immédiatement la quantité
proposée par l’ennuyant personnage. – « Mais je suis siiiiiiiiii heureux, lance-t-il. Je dois par contre évaluer le reste de vos échantillons, vous savez ce que c’est – Oui, oui, nous sommes au marché, je crois. On a un homme qui s’occupe de ça là-bas » En route vers le marché avec Grelich, nous réussissons à lui soutirer des informations sur les chefs de la guilde minière.
- « Il y a Durn, le chef de la ville, qui maintient des mines au nord. Il y a Demosis, qui a des mines de pierres, Arlom et Marok, eux, ce sont les mines d’obsidienne, et Aisha, qui contrôle le calcaire et l’argile. »

Arrivé au marché, Grelich semble enchanté par la qualité des sacs, mais le sergent des Rats de Fer, beaucoup moins par la quantité promise. Grelish accepte tout de même l’entente, et nous avons notre rencontre avec Durn, ce qui est, après tout, notre ultime objectif.

Alors que Grelich et le sergent discute, j’aperçois dans le marché un elfe, qui m’intime de me joindre à lui. En elfique et à mots couverts, il m’indique que des champs appartenant à Demosis ont été brûlés et salés au sud et que ses mines se vident. Problèmes financiers? Ça pourrait être le chef de la guilde qui est allié avec les hommes d’Ulrik, me dis-je. Nous nous dirigeons ensuite vers notre repas avec Durn. À notre arrivée à l’édifice de la guilde minière, nous sommes menés vers un passage secret – qui mène sans doute directement aux bureaux de Durn, croyons-nous. Arrivés à l’extrémité du passage, nous entendons deux voix distinctes au milieu d’une discussion qui semble houleuse.

Quelqu’un intimide Durn, selon Balkan, un homme avec un accent. Poussant la lourde tapisserie devant nous, j’entre dans la pièce. La scène devant nous est incongrue. Un homme, paré de luxueux habits blancs et verts, est entouré d’enfants. Blanc et vert, House Lubar, une des maisons les plus influentes d’Ulrik.

- « Ha, les héros de Tyr, lança l’homme vétu des couleurs de la maison Lubar. Nous parlions justement de vous. J’indiquais ma déception à mon ami Durn quant à votre entrée à Kled, une ville si paisible…

- Cette discussion entre vous deux est terminée, je crois. Nous avons un rendez-vous avec Durn.
- Oui, bien sûr. Je vous laisse. Durn, vous recevrez un cadeau sous peu.

Sous nos yeux et sous le regard de Durn – celui d’un nain défait et dépassé par les événements – l’homme, Maetan Lubar, quitta la pièce, entouré des enfants qui l’accompagnaient. Durn, nous indique alors que le temps joue maintenant contre nous. Le « cadeau » auquel Lubar faisait référence était sans doute la main de son premier-né. « Les hommes d’Ulrik ont kidnappé les enfants de tous les chefs des mines », cria Durn. Nous apprenons aussi que Lubar s’entoure d’enfants pour les utiliser comme des boucliers humains. Un coup sur lui est immédiatement transféré sur un des enfants qui l’accompagnent. Avant de briser cet enchantement, impossible de le blesser.

Immédiatement, Khassi débute une incantation, qui lui permettra de compléter une reconnaissance du mausolée sous la forme d’un scarabée minuscule. Dès son entrée dans le mausolée, une alarme retentit – les défenses des hommes d’Ulrik sont en place. À cause de sa taille minuscule, Khassi réussit à aller plus loin dans le mausolée et à apercevoir Maetan Lubar, qui sort finalement d’une pièce fermée par une lourde porte métallique pour déterminer la source de la commotion.

- « Des alarmes continuelles depuis quelques minutes, maître Lubar, mais il n’y a personnne! Cria un garde – Idiots… C’est la druide! Cherchez un petit animal, elle sera petite, et volera sans doute. Envoyez leur un message, qu’ils lui coupent la main! » rétorqua Luban, se lançant lui aussi dans les préparatifs d’un sortilège.

Le garde court alors jusqu’à une pièce qui comprend plusieurs pigeons et attache un message à l’un deux, toujours suivie par Khassi. Le pigeon lancé se dirige immédiatement vers le sud, Khassi à sa poursuite. Il sort de la ville, et s’enfonce dans un canyon, où des nains l’attendent; 4 individus et une monture.

Khassi revient à nos côtés dans le bureau de Durn, et nous décrit ce qu’elle a vu au mausolée et dans le canyon. « Les mines de Marok. C’est Marok, le traître. Je sais maintenant à qui je peux parler. Occupez-vous de nos enfants, ramenez-nous les. On va assiéger la mausolée et les hommes de Marok, et on va tuer tous les sales pigeons qu’ils essaient d’envoyer. »

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Antoineql Antoineql

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